Éditorial

Remaniement : changement et continuité

Par Isabelle Avran, Rédactrice en chef adjointe de la NVO

Moins d'une semaine après la claque électorale subie par LREM lors des élections municipales, sur fond d'importante abstention, Emmanuel Macron a décidé de changer. Pas de politique. Seulement de Premier ministre. À Matignon, la droite remplace la droite.

Édouard Philippe retourne au Havre, et Jean Castex le remplace. Jean Castex, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et de Xavier Bertrand. Pour quelle politique ? La même que celle qui a valu à son prédécesseur des mois de mobilisation sociale et qui, sur le plus long terme, a conduit durant ces mois de crise sanitaire aux pénuries que l'on sait : pénurie de lits d'hôpital et de réanimateurs, manque criant de personnel, pénurie de masques dont la fabrication avait été délocalisée pour cause de dumping social, insuffisance de moyens pour la recherche…

 

Jeudi 2 juillet, devant la presse régionale, le locataire de l'Élysée a annoncé : « La rentrée sera difficile, il faut nous y préparer ». Ce même refrain entonné par le Medef et qui veut faire payer aux travailleurs ou aux privés d'emploi la facture de la crise, quand les grandes entreprises continuent de recevoir des aides publiques et à verser des dividendes à plusieurs chiffres à leurs actionnaires. Lorsqu'il était numéro 2 du Medef, Denis Kessler vantait les « riscophiles », ceux qui savent prendre des risques (en clair selon lui les dirigeants d'entreprises), et blâmait les « riscophobes », ces assistés. Ces derniers mois ont montré à qui n'aurait pas voulu le voir qui a pris des risques pour soigner et pour que la société fonctionne, et qui perçoit les dividendes…

 

Pourtant, c'est au nom de la récession annoncée et de l'emploi menacé qu'Emmanuel Macron et un patronat en quête d'aides publiques et d'« incitations financières à l'embauche » entendent réduire encore le droit du travail. Il leur suffit de s'appuyer par exemple sur les accords de performance collective, créés pas une ordonnance d'Emmanuel Macron en septembre 2017, pour adapter les règles du Code du travail aux « besoins de l'entreprise ». Et tenter de faire passer l'augmentation du temps de travail, la réduction des salaires et la mobilité des salariés comme la contrepartie nécessaire à la préservation de l'emploi.

 

Emmanuel Macron a deux ans avant la prochaine présidentielle. Il le sait. Et il entend accélérer d'ici là l'adoption et la mise en œuvre de ses réformes libérales. À commencer par celle de notre système de retraites qu'il n'a pas abandonnée. Mais aussi celle de l'État, dont il entend renforcer les fonctions régaliennes, mais réduire le périmètre d'intervention notamment lorsqu'il s'agit de financer les services publics.

 

Voici quelques semaines à peine, le chef de l'État, empruntant ses références à la Résistance, annonçait le retour des « Jours heureux ». Celui des plus riches et du grand patronat, sans doute. Car son monde d'après ressemble furieusement à son monde d'avant. Appelant à renforcer encore les mobilisations syndicales et citoyennes, tandis que s'avèrent indissociables les exigences sociales, écologiques, d'égalité des droits et de démocratie.