Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT mise en examen pour injure publique



Les dirigeants de la CFDT, FO, CFE-CGC, Unsa, Solidaires et FSU ont apporté leur soutien à Sophie Binet.


La CGT apprend avec effarement la mise en examen pour injure publique de sa secrétaire générale Sophie Binet. Son tort ? Avoir dénoncé les agissements de patrons menaçant de délocaliser en cas de hausse d'impôts. C'est la cinquième procédure judiciaire contre un membre dirigeant de la CGT en deux ans.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé mardi 2 décembre 2025 sur France Inter sa mise en examen pour injure publique, après avoir qualifié en janvier à la radio les patrons de « rats qui quittent le navire » dont « le seul objectif, est l’appât du gain ». Ses propos avaient été tenus le 31 janvier sur RTL, en réaction à ceux du patron de LVMH Bernard Arnault. Le milliardaire avait en effet estimé que le projet de surtaxe du gouvernement « poussait à la délocalisation ». Le mouvement patronal Ethic (Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance), présidé par Sophie de Menthon, proche des réseaux d’extrême droite et du milliardaire Édouard Sterin avait estimé que « l'ensemble des grands chefs d'entreprise sont ici directement pris à partie » et avait annoncé porter plainte en février pour injure publique.

 

« Je n’ai fait que mon travail »

« J’ai découvert que j’étais mise en examen suite à ces propos. J’étais extrêmement choquée parce que en disant cela, je n’ai fait que mon travail de syndicaliste, à savoir dénoncer les délocalisations et dénoncer les inégalités de répartition des richesses et le fait que les milliardaires payent toujours moins d’impôts et ne se sentent plus responsables de l'emploi en France », a réagi mardi Sophie Binet sur France Inter.

 

Dans un communiqué, la CGT « dénonce avec force cette énième procédure-bâillon de la part d'un lobby patronal, financé par un milliardaire d'extrême droite. Il s'agit d'une attaque d'un degré inédit puisqu'elle vise directement la secrétaire générale d'une des plus grandes organisations syndicales du pays ». « Cette tentative manifeste de judiciariser la critique sociale et de détourner le débat public illustre une nouvelle fois la volonté de certains lobbys patronaux au service des plus riches pour faire taire les voix qui dérangent », estime la CGT dans son communiqué. Au-delà de cette affaire, la CGT alerte sur une tendance inquiétante : c'est la 5e procédure judiciaire contre un membre du bureau confédéral de la CGT en 2 ans. Sur le terrain, des centaines de militants et militantes font face à une répression de plus en plus décomplexée sur leurs lieux de travail et dans leurs pratiques syndicales. Depuis 2023, date des mobilisations contre la réforme des retraites, la CGT estime à plus d’un millier le nombre de syndicalistes traduits en justice ou tombés sous le coup de sanctions disciplinaires dans les entreprises.


Cette mise en examen fait suite à une plainte pour injures publiques déposée par l’association "Mouvement des entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance", présidée par Mme Sophie de Menthon. RTL est également mis en examen en tant que diffuseur des propos. On reproche à Sophie Binet ses propos tenus lors de son intervention sur RTL le 31 janvier dernier, lorsqu’elle fut interrogée sur le « chantage à l’emploi » de la part de certains grands patrons, venus se succéder dans les médias « pour alerter sur la fiscalité et les réglementations » et affirmer que « pour pousser à la délocalisation, c'est idéal ! ». Certains affirmant même « Ceux qui peuvent partir partent et ils ont raison. »

 

Elle avait alors dénoncé ces propos et ces comportements en disant « Moi j'ai envie de dire : les rats quittent le navire. »

Il va sans dire que cette déclaration était une image, reprenant une expression populaire bien connue visant à dénoncer les pratiques permanentes de délocalisation et de chantage à l’emploi des multinationales.

 

La CGT dénonce avec force cette énième procédure-bâillon 

Cette procédure de la part d’un lobby patronal lancé par un milliardaire d’extrême droite, Édouard Sterin. Il s’agit d’une attaque d’un degré inédit puisqu’elle vise directement la Secrétaire générale d’une des plus grandes organisations syndicales du pays. Empêcher un syndicat de dénoncer les pratiques patronales c’est l’empêcher de jouer son rôle et porter directement atteinte aux libertés syndicales.  Cette tentative manifeste de judiciariser la critique sociale et de détourner le débat public illustre une nouvelle fois la volonté de certains lobbys patronaux au service des plus riches pour faire taire les voix qui dérangent.

 

LA CGT RAPPELLE QUE LA LIBERTÉ SYNDICALE EST UNE LIBERTÉ FONDAMENTALE, INDISPENSABLE AU FONCTIONNEMENT DÉMOCRATIQUE. CHERCHER À EN ENTRAVER L’EXERCICE CONSTITUE UNE ATTEINTE GRAVE À UN DROIT ESSENTIEL, PROTECTEUR DE L’ENSEMBLE DU MONDE DU TRAVAIL.

 

Au-delà de cette affaire, la CGT alerte sur une tendance inquiétante : c’est la 5ème procédure judiciaire contre un membre du bureau confédéral de la CGT en 2 ans. Sur le terrain, des centaines de militants et militantes font face à une répression de plus en plus décomplexée sur leurs lieux de travail et dans leurs pratiques syndicales.

 

CETTE STRATÉGIE D’INTIMIDATION VISE À RÉDUIRE AU SILENCE TOUTES CELLES ET CEUX QUI DÉFENDENT L’INTÉRÊT GÉNÉRAL ET LES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES.

 

La CGT réaffirme avec détermination qu’elle ne se laissera jamais bâillonner ni détourner de son mandat : défendre les droits collectifs, dénoncer les abus patronaux et porter une ambition de justice sociale. Plus que jamais, les libertés syndicales doivent être protégées et renforcées, car elles demeurent un pilier indispensable de la démocratie et du progrès social.